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Home » Le BIM dans la construction » BIM et SROI : mesurer la valeur sociale des constructions et infrastructures

BIM et SROI : mesurer la valeur sociale des constructions et infrastructures

Qu'est-ce que le SROI, comment le calculer et pourquoi le BIM peut aider à mesurer la valeur sociale des bâtiments, des infrastructures et des interventions de régénération urbaine

Editorial Team / juillet 23, 2026

Depuis des décennies, le secteur de la construction mesure le succès d’une œuvre avec deux métriques : le respect des coûts et le respect des délai. Ces dernières années, une troisième métrique a été ajoutée, environnementale, soutenue par LCA, EPD et des critères de durabilité. Il manque encore, dans la pratique quotidienne, la quatrième question — peut-être la plus importante pour les œuvres financées par la collectivité : quelle valeur sociale cet intervention génère-t-elle vraiment pour les personnes qui l’utiliseront et pour le territoire qui l’accueille ? 

Le SROI (Social Return on Investment) est l’une des méthodologies les plus établies pour répondre à cette question et le BIM, avec la structure d’information qu’il produit tout au long du cycle de vie, est l’infrastructure de données qui peut rendre cette mesure crédible, répétable et vérifiable.

Voyons comment ces deux mondes se rencontrent et pourquoi cette convergence concerne de près ceux qui conçoivent, construisent et gèrent le bâti.

Table des matières

  • Qu’est-ce que le SROI (Social Return on Investment) ?
  • Pourquoi le SROI est une nouvelle frontière pour le secteur de la construction
  • Un exemple de calcul SROI pour la régénération urbaine
  • FAQ sur BIM et SROI

Qu’est-ce que le SROI (Social Return on Investment) ?

Le SROI est une méthode, basée sur des principes, qui mesure et attribue une valeur monétaire à la valeur extra-financière — sociale, environnementale et économique — générée par un projet, une organisation ou une politique et normalement non enregistrée par la comptabilité traditionnelle. Il est né aux États-Unis au milieu des années quatre-vingt-dix grâce au Roberts Enterprise Development Fund, puis développé par la New Economics Foundation et enfin standardisé au niveau international par Social Value International.

Le résultat de l’analyse est un rapport SROI : pour chaque euro investi, combien d’euros de valeur sociale sont créés. Un rapport de 3:1, par exemple, indique qu’à chaque euro investi correspondent trois euros de valeur sociale générée. C’est un chiffre d’une forte efficacité communicative — il synthétise en un seul chiffre qualité, efficacité et impact — et c’est justement cette lisibilité qui le rend apprécié par les administrations publiques, les organismes de financement et les investisseurs à impact.

SROI et ROI : quelle est la différence

Le ROI traditionnel mesure uniquement le retour financier d’un investissement. Le SROI élargit le regard : il monétise également ce que le marché ne valorise pas — le bien-être, la santé, l’inclusion, la cohésion d’une communauté, la qualité de l’espace public — en utilisant des techniques d’évaluation qui attribuent une valeur à des résultats autrement « invisibles » dans les bilans. Il ne remplace pas l’analyse financière : il l’intègre, offrant une perspective complémentaire sur la valeur globale d’une œuvre.

ROI vs SROI

ROI vs SROI

Principes et six phases de l’analyse SROI

La crédibilité de la méthode repose sur les principes codifiés par Social Value International : impliquer les parties prenantes ; comprendre ce qui change ; valoriser ce qui compte ; inclure uniquement ce qui est matériel ; ne pas surestimer sa propre contribution ; être transparent ; vérifier le résultat. Sans le respect de ces principes, le rapport SROI risque de devenir un chiffre marketing plutôt qu’une mesure défendable.

L’analyse se décline, concrètement, en six phases : 

  1. Définir le champ et identifier les parties prenantes. Quel est l’objectif de l’analyse, pour qui, sur quelle période et avec quelles ressources. Qui bénéficie, qui est impliqué, qui est influencé par l’œuvre.
  2. Cartographier les résultats (théorie du changement). On construit la chaîne input → activité → output → outcome, en distinguant clairement ce qui est réalisé (un centre civique construit) de ce qui change dans la vie des gens (plus de sociabilité, moins d’isolement).
  3. Donner des preuves des résultats et leur attribuer une valeur. On collecte des données et on associe à chaque résultat un proxy financier.
  4. Établir l’impact réel. On applique quatre ajustements pour ne pas surestimer : deadweight (ce qui se serait produit de toute façon), attribution (dans quelle mesure c’est le mérite d’autres), déplacement (effets transférés à d’autres groupes), déclin (comment l’effet s’estompe dans le temps).
  5. Calculer le SROI. On rapporte la valeur des impacts, actualisée, à l’investissement.
  6. Rendre compte, utiliser et intégrer. On communique le résultat et — surtout — on l’utilise pour améliorer les décisions.

De la valeur financière à la valeur sociale : les proxies

Le cœur technique — et le plus délicat — du SROI est le proxy financier : une valeur monétaire approximative attribuée à un bénéfice qui n’a pas de prix de marché. Réduire les temps de trajet d’une nouvelle liaison, diminuer l’accidentalité d’un carrefour routier, redonner à un quartier un espace sûr et fréquentable : tous des effets réels, que le SROI essaie d’exprimer en euros pour les rendre comparables à l’investissement. La qualité des proxies et la solidité des preuves comptent plus que le chiffre final : une analyse mal conduite produit des rapports trompeurs.

EN RÉSUMÉ
Le SROI répond à une question que le ROI ne pose pas : quelle est la valeur, en termes monétisés, du changement qu’une œuvre produit dans la vie des gens et sur le territoire ? C’est une méthode rigoureuse mais à forte intensité de données — et c’est exactement ici que le BIM change les règles du jeu.

Pourquoi le SROI est une nouvelle frontière pour le secteur de la construction

Le secteur de la construction connaît une évolution progressive dans les critères avec lesquels le succès d’une intervention est évalué. À côté des indicateurs économiques et environnementaux, l’attention se porte de plus en plus sur les effets que les bâtiments, les infrastructures et les espaces publics produisent sur les personnes et les communautés. Dans ce contexte, le SROI offre un outil concret pour mesurer et rendre visible cette valeur qui reste souvent en dehors des systèmes de reporting traditionnels.

La possibilité de traduire les impacts sociaux en termes monétaires rend la méthode particulièrement intéressante pour les administrations publiques, les investisseurs, les organismes de financement et les acteurs de la chaîne de construction, de plus en plus souvent appelés à démontrer non seulement ce qu’ils réalisent, mais quels bénéfices ils génèrent dans le temps.

De la performance du bâtiment aux résultats pour les personnes

La littérature sur l’environnement construit a montré comment l’évaluation d’un ouvrage doit se déplacer de la mesure des performances du bâtiment à la mesure des résultats vécus par les personnes. Le SROI est indiqué comme la méthode la plus développée pour combler cette lacune, car elle produit des résultats monétisés et donc transférables et communicables entre les différents acteurs de la chaîne de conception et de construction. C’est un changement de paradigme : l’ouvrage n’est pas évalué pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il change chez ceux qui l’habitent.

ESG, marchés publics et investissement d’impact : le contexte réglementaire

L’élan vers la mesure de la valeur sociale n’est pas seulement culturel. L’attention croissante portée à la dimension sociale des critères ESG, au développement de la finance d’impact et à l’évolution des systèmes de passation de marchés vers des modèles axés sur les résultats rend la capacité de mesurer et de démontrer les impacts sociaux un facteur compétitif dans un nombre croissant de marchés.

Dans le secteur de la construction et des infrastructures, cette évolution se traduit par la nécessité de démontrer non seulement la qualité technique de l’œuvre, mais aussi la valeur générée pour les utilisateurs, les communautés et les territoires. De plus en plus souvent, les donneurs d’ordre publics et privés exigent des preuves que les investissements produisent des bénéfices mesurables sur le plan social, environnemental et économique.

Dans ce contexte se situe le SROI (Social Return on Investment), une méthodologie qui permet d’évaluer non seulement les outputs d’un projet, mais le changement généré dans le temps pour les parties prenantes impliquées. Son objectif est de traduire les impacts sociaux en une mesure compréhensible et comparable, soutenant des décisions plus éclairées et un reporting plus transparent.

L’intérêt pour le SROI naît de la nécessité, de plus en plus répandue, de démontrer avec des données et des méthodologies reconnues la valeur sociale créée par un investissement, une infrastructure ou un service. Bien que son utilisation ne soit généralement pas imposée par la réglementation, elle représente un outil efficace pour répondre aux demandes de responsabilité provenant d’investisseurs, d’institutions financières, d’administrations publiques, d’organisations internationales et d’autres parties prenantes.

L’évolution des politiques de durabilité et des critères d’évaluation des investissements met en évidence une attention croissante aux effets sociaux des interventions et à la capacité des opérateurs économiques de les documenter. Dans de nombreux systèmes de passation de marchés et dans les programmes de financement, l’évaluation des propositions prend de plus en plus en compte, aux côtés des aspects économiques et techniques, des éléments qualitatifs, environnementaux et sociaux. Parallèlement, les normes ESG et les cadres internationaux de reporting renforcent la demande d’indicateurs fiables capables de mesurer les impacts générés à long terme.

Dans ce scénario, le SROI ne représente pas seulement un outil d’évaluation, mais aussi un soutien stratégique pour la gestion des projets, la communication avec les parties prenantes et la démonstration de la valeur créée. Sa capacité à intégrer des preuves quantitatives et qualitatives permet de renforcer la crédibilité des organisations et de soutenir des décisions orientées vers la durabilité et la création de valeur partagée.

Régénération urbaine et infrastructures sociales

L’un des domaines où la mesure de l’impact social trouve son application la plus significative est celui du développement urbain et territorial. À l’échelle internationale, des programmes d’investissement public destinés à la régénération urbaine et aux infrastructures sociales visent à réduire les inégalités, à lutter contre la dégradation urbaine, à renforcer la cohésion sociale et à améliorer la qualité des espaces publics. Dans ce contexte, le Plan National de Relance et de Résilience (PNRR) italien représente un exemple concret, ayant alloué des ressources importantes à des interventions d’inclusion sociale, de régénération urbaine et de développement des communautés.

Étant donné que les objectifs de ces investissements sont principalement sociaux, leur évaluation nécessite des méthodologies capables de mesurer la valeur générée pour les citoyens et les territoires. En ce sens, le Social Return on Investment (SROI) constitue un outil particulièrement efficace pour démontrer comment les ressources publiques ont produit des bénéfices concrets, non seulement en termes économiques, mais aussi sur le plan social et environnemental.

Le même principe s’applique aux investissements infrastructurels. Au-delà des bénéfices liés à la mobilité, ces interventions peuvent générer des effets positifs sur l’accessibilité, la sécurité, la cohésion territoriale et la qualité de vie des communautés. Une évaluation basée sur le SROI permet de rendre visibles ces impacts plus larges, offrant aux décideurs publics et aux investisseurs une mesure de la valeur

Un exemple de calcul SROI pour la régénération urbaine

L’exemple suivant ne fournit pas de benchmarks officiels, mais montre comment établir un calcul SROI simplifié pour une intervention de régénération urbaine.

Pour rendre concret le méthode, supposons une intervention : la récupération d’un bâtiment public désaffecté transformé en pôle civique et social de quartier, avec réhabilitation de l’espace public adjacent, au service d’un quartier d’environ 8.000 habitants. Les chiffres qui suivent sont simplifiés et purement illustratifs : ils servent à illustrer la logique, non à fournir des valeurs de référence.

Investissement (input) : € 2.000.000. En impliquant les parties prenantes et en construisant la théorie du changement, on identifie quatre résultats principaux et on associe à chacun un proxy financier : 

Parties prenantesRésultat (ce qui change)Proxy financierValeur brute / an
Personnes âgées et personnes fragilesRéduction de l’isolement, plus de sociabilitéCoût socio-sanitaire évité€ 560.000
JeunesInclusion, résultats éducatifs et employabilitéCoût évité de la dispersion + meilleure employabilité€ 460.000
Entité et communautéPlus de sécurité, moins de dégradationMoins de coûts de maintenance, surveillance, restauration€ 230.000
Activités économiques localesVitalité et attractivité de proximitéPlus de revenus et d’emplois locaux€ 320.000
Total valeur brute annuelle€ 1.570.000

La valeur brute doit cependant être ajustée pour ne pas surestimer la contribution de l’œuvre, en appliquant les quatre ajustements de la méthode. Dans cet exemple : deadweight 20% (une partie du changement se serait produite de toute façon), attribution 25% (mérite d’autres programmes ou acteurs du territoire), déplacement 5% (effets transférés à d’autres zones). Le facteur net combiné est : 

0,80 × 0,75 × 0,95 = 0,57
€ 1.570.000 × 0,57 ≈ € 895.000 de valeur sociale nette par an

En projetant le bénéfice sur un horizon de 10 ans, avec un déclin (drop-off) de 10% par an et un taux d’actualisation de 3,5%, la valeur sociale nette actualisée s’élève à environ € 5,0 millions. Rapporté à l’investissement : 

SROI ≈ € 5.000.000 / € 2.000.000 = 2,5 : 1
pour chaque euro investi, environ 2,5 euros de valeur sociale générée

SROI dans la régénération urbaine

SROI dans la régénération urbaine

C’est ici que le lien avec le BIM devient opérationnel. Les grandeurs physiques et fonctionnelles en amont des proxy — surfaces des espaces agrégatifs, dotations, accessibilité, capacité — se lisent directement à partir du modèle IFC ; les données d’utilisation qui alimentent la vérification au fil des ans (présences, heures d’activité, utilisation effective) proviennent du suivi lié au jumeau numérique ; et chaque preuve reste tracée dans le CDE, garantissant transparence et vérifiabilité. Sans cette base de données, les mêmes chiffres resteraient des estimations difficiles à défendre.

Le secteur de la construction et des infrastructures s’équipe, enfin, d’outils pour démontrer non seulement ce qu’il construit, mais quel bien il produit. Le SROI offre la méthode ; le BIM, avec ses modèles, ses jumeaux numériques et les environnements de partage des données, offre l’infrastructure informative qui le rend praticable à grande échelle. Pour les ingénieurs, architectes, géomètres, entreprises et administrations publiques, maîtriser cette convergence signifie parler le langage de la valeur globale de l’œuvre — celle que les commanditaires, financeurs et communautés demanderont de plus en plus souvent à rendre compte.

FAQ sur BIM et SROI

Qu’est-ce que le SROI ?

Le SROI (Social Return on Investment) est une méthodologie qui mesure et attribue une valeur monétaire à l’impact social, environnemental et économique généré par un projet ou une œuvre, l’exprimant comme un rapport par rapport à l’investissement (par exemple, 3 euros de valeur sociale pour chaque euro investi).

Comment calcule-t-on le SROI et qu’est-ce que le rapport SROI ?

On le calcule en actualisant la valeur monétisée des impacts — net des ajustements pour deadweight, attribution, déplacement et déclin — et en le rapportant à l’investissement soutenu. Le résultat est le rapport SROI : une valeur supérieure à 1:1 indique un retour social positif. Il n’existe pas de benchmark universel de « bon » rapport : le contexte et la qualité des preuves comptent plus que le chiffre.

Quelle est la différence entre ROI et SROI ?

Le ROI mesure seulement le retour financier ; le SROI ajoute la valeur sociale et environnementale, monétisant des résultats que le marché ne valorise pas. Le SROI ne remplace pas le ROI, mais le complète.

Que sont les proxy financiers dans le SROI ?

Ce sont des valeurs monétaires approximatives attribuées à des bénéfices sans prix de marché (santé, sécurité, inclusion, qualité de l’espace public), qui permettent de comparer l’impact social avec l’investissement.

Le SROI est-il obligatoire dans les marchés publics ?

Il n’existe pas d’obligation généralisée d’analyse SROI. Cependant, l’évaluation de l’impact social est de plus en plus présente comme critère de prime, exigence de reporting et levier ESG, en particulier pour les interventions de régénération urbaine et infrastructures sociales financées par des ressources publiques.

Quelle est une bonne valeur de SROI ?

Il n’existe pas de seuil universel. Un rapport supérieur à 1:1 indique un retour social positif et de nombreux projets se situent dans une fourchette d’environ 2:1 à 10:1, mais la valeur dépend fortement du contexte, de l’horizon temporel et de la prudence des hypothèses. Une analyse rigoureuse, avec des proxy crédibles et des ajustements bien appliqués, vaut plus qu’un chiffre élevé obtenu avec des estimations optimistes.

Comment le BIM est-il lié au SROI ?

Le BIM fournit la base de données structurée et interopérable (modèle informatif, IFC, ISO 19650) à partir de laquelle le SROI puise les grandeurs nécessaires pour estimer les proxy, tandis que le jumeau numérique permet de suivre les résultats dans le temps. Un CDE comme usBIM.platform relie modèle, documents et applications spécialisées, rendant l’analyse traçable et répétable.

Qu’est-ce que l’Évaluation d’Impact Social (VIS) ?

La VIS mesure et décrit les changements générés par un projet sur les personnes, la communauté et l’environnement. Le SROI en est la déclinaison qui traduit ces impacts en valeur économique, les rendant comparables à l’investissement.

 

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